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Le Christianisme siècle par siècle

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  • #16
    Le 16e siècle



    La Réforme

    Confronté à une Eglise corrompue, Martin Luther donne le coup d’envoi de la Réforme le 31 octobre 1517. Ses thèses se répandent rapidement en Europe du Nord. Zurich et Genève deviennent des foyers importants des nouvelles idées, grâce à l’action de Huldrych Zwingli et de Jean Calvin.

    En ce début de XVIe siècle, l’Eglise d’Occident ne répond plus depuis longtemps aux besoins des fidèles. Trop de compromissions temporelles, trop d’autoritarisme… Les clercs sont ignorants. Les évêques cumulent des sièges épiscopaux pour gagner de l’argent. Les papes ne songent qu’à embellir Rome et la basilique Saint-Pierre, et à organiser des fêtes. Pour couvrir les énormes frais que requièrent leurs goûts artistiques, ils vendent des indulgences. En les achetant, dit l’Eglise, l’homme obtient la remise des peines impliquées par son péché. Il peut même espérer gagner le Paradis…

    Les hommes et les femmes du début du XVIe siècle vivent dans l’anxiété. La mort et Satan, partout présents, les effraient. La chasse aux sorcières, approuvée officiellement en 1484 par une bulle du pape Innocent VIII, a connu un regain au XVe siècle, et durera jusqu’au milieu du XVIIe. Cent mille personnes laisseront leur vie sur les bûchers. Les flammes sont également le sort de ceux qui exigent une réforme vigoureuse de l’Eglise. A cette époque, Dieu lui-même fait peur: de nombreux chrétiens voient en lui un juge impitoyable, qui les condamnera au jour du Jugement dernier.

    C’est dans ce contexte qu’apparaît Martin Luther. Né en 1483 à Eisleben en Thuringe, il devient moine en 1505 à Erfurt à la suite d’un événement important, dont il n’a jamais parlé. Il applique rigoureusement la règle et mène une vie austère. Pourtant, une sourde inquiétude ne cesse de le travailler. Il ne pèche pas, c’est entendu. Mais il constate que la propension au péché – ce qu’il appelle la concupiscence – reste bien ancrée au tréfonds de lui-même.

    Martin Luther est rongé par l’angoisse: si, quoi qu’il fasse, l’homme est et reste pécheur, qu’advient-il de son salut? La terrible justice de Dieu peut-elle épargner à cet homme, qui lutte pour obtenir le salut, mais qui toujours trébuche, la damnation éternelle? Luther en vient à haïr Dieu lui-même. Pourtant, en méditant l’Epître aux Romains de Paul, il finit par comprendre que le salut ne s’obtient pas en s’abstenant de pécher, ce qui est impossible, mais par la seule foi en Jésus-Christ, donnée par la grâce de Dieu. Dieu justifie l’homme gratuitement – le sauve – par le don de la foi. L’homme reste totalement passif face à cette justice: il ne peut donc coopérer à son salut par de bonnes œuvres. Si celles-ci sont bien la conséquence d’un être justifié par la foi, elles n’ont aucun pouvoir de rédemption.

    Fort de ses nouvelles convictions, Luther s’en prend aux indulgences, qui font croire aux hommes qu’ils peuvent acheter leur salut et celui de leurs défunts. Un prédicateur de ce temps ne dit-il pas: «Une âme monte au ciel quand la pièce sonne au fond du tronc?» Le 31 octobre 1517, Luther donne le coup d’envoi de la Réforme à Wittenberg, où il enseigne les Ecritures, en publiant 95 thèses sur les indulgences. Le conflit avec la papauté est inévitable, même si Luther n’a aucune intention de créer une nouvelle Eglise.

    Au cours de diverses disputes théologiques, le moine expose sa doctrine de la justification par la foi, affirme que l’Ecriture est la seule autorité pour les chrétiens, que le pape n’est pas infaillible et demande la réunion d’un nouveau concile. Sommé le 15 juin 1520 de se rétracter sous peine d’excommunication, Luther affine au contraire sa pensée dans les derniers mois de l’année.

    Des sept sacrements en vigueur, il en conserve deux, le baptême et la cène, les seuls qui soient attestés dans les évangiles. Il élabore la théorie du sacerdoce universel, selon laquelle tous les croyants sont invités à devenir les interprètes inspirés de l’Ecriture. Il est excommunié en janvier 1521 et mis au ban de l’Empire par Charles Quint en mai. Un prince allemand le prend sous sa protection. Caché dans un château, Luther entreprend de traduire la Bible en allemand.

    Il sortira de sa retraite pour reprendre les rênes de la Réforme qui risquaient de lui échapper au profit de groupes intransigeants. Ses idées se répandront rapidement en Allemagne et ailleurs, au prix de graves conflits avec Charles Quint et les Etats allemands restés catholiques.

    Plusieurs étapes jalonnent la progression du luthéranisme. La diète de Spire en 1529, qui voit les princes des Etats allemands gagnés à la Réforme protester (d’où le nom «protestants») contre Charles Quint qui veut leur retirer la liberté de professer leur foi, pourtant accordée en 1526. La confession d’Augsbourg, présentée à l’empereur en 1530, qui est encore aujourd’hui le texte de référence des Eglises luthériennes. Le concile de Trente (1545-1563), qui marque la rupture définitive entre Rome et les protestants. La Paix d’Augsbourg de 1555, qui reconnaît la division confessionnelle de l’Allemagne et accorde aux Etats protestants le droit de professer leur foi, et impose aux individus d’embrasser la religion de leurs princes. La Formule de Concorde de 1577, qui apaise les controverses internes au luthéranisme et qui, avec la Confession d’Augsbourg et d’autres textes, constitue le canon de la foi luthérienne.

    Presque en même temps que Wittenberg, Zurich devient un des principaux pôles de la Réforme. Nourri par la lecture d’Erasme et du Nouveau Testament, en particulier les épîtres de Paul, Huldrych Zwingli, né en 1484 dans le Toggenbourg, devient prédicateur et curé de la collégiale de Zurich en 1519. Il semble avoir adopté une position réformatrice vers 1520, sans avoir été influencé par Luther. Zwingli est soutenu dans sa volonté réformatrice par le Conseil de Zurich, rapidement convaincu par ses arguments. La réforme prônée par Zwingli, accomplie pour l’essentiel de 1524 à 1525, est très proche de celle de Luther: seule l’Ecriture fait autorité, la messe est abolie, les images supprimées dans les sanctuaires, les couvents sécularisés.

    Pourtant, un élément essentiel sépare Luther et Zwingli, qui empêchera toute entente entre les deux réformateurs. Alors que le premier estime que le Christ est réellement présent dans l’Eucharistie, le second ne voit dans ce sacrement qu’un symbole. La Réforme s’étend dans la Confédération et gagne plusieurs cantons. Une guerre civile éclate entre cantons protestants et catholiques. En 1531, Zwingli meurt à la bataille de Cappel. Henri Bullinger poursuit à Zurich son œuvre réformatrice et conclut en 1549 avec Calvin le Consensus Tigurinus, qui contribua largement à unir les réformes de Calvin et de Zwingli dans la confession qu’on appelle aujourd’hui «réformée».

    Après Wittenberg, Zurich et Strasbourg – qui était devenu un foyer très actif de la Réforme grâce à Martin Bucer – c’était au tour de Genève de rallier le mouvement. Jean Calvin, originaire de Noyon en Picardie, où il est né en 1509, arrive une première fois à Genève en 1536, où il fait halte alors qu’il se rend à Strasbourg. Il a rompu avec l’Eglise romaine en 1534. En mars 1536, il a publié l’Institution de la religion chrétienne, pour présenter la foi évangélique au roi François Ier. Cet ouvrage, réédité et traduit à de très nombreuses reprises, deviendra la somme théologique de la Réforme.

    Le Dauphinois Guillaume Farel presse Calvin de rester à Genève pour y organiser la Réforme, qu’il prêchait dans cette ville depuis 1532. Calvin accepte et commence à organiser la structure de l’Eglise. Mais il rencontre rapidement l’opposition du magistrat et des bourgeois sur deux points litigieux: le droit qu’il demande pour l’Eglise d’excommunier les grands pécheurs et l’obligation pour tous les citoyens de signer une profession de foi. Le réformateur picard quitte Genève en 1538 et s’installe à Strasbourg.

    En l’absence de Calvin et de Farel, qui s’est fixé à Neuchâtel, la situation se dégrade à Genève. Le magistrat demande à Calvin de revenir. Le réformateur accepte à contrecœur. Il arrive en 1541, et restera à Genève jusqu’en 1564, date de sa mort. Il amènera les Genevois à vivre selon l’Evangile au moyen d’une discipline ecclésiastique rigoureuse et ne manquera pas de se faire de nouveaux ennemis. Mais il tiendra bon. Son succès sera consacré en 1559 par la création d’une Académie dont la réputation se répandra rapidement dans toute l’Europe. A la mort de Calvin, Théodore de Bèze assurera la continuité de son œuvre réformatrice.

    Au XVIe siècle, la Réforme s’ancrera également en France, malgré d’affreux massacres, comme celui de la Saint-Barthélemy, et en Angleterre, qui trouvera une voie médiane entre protestantisme et catholicisme. Pendant l’épanouissement de la Réforme, l’Eglise catholique n’est pas restée inactive. La papauté s’est enfin décidée à convoquer un concile réformateur à Trente, qui portera ses plus beaux fruits au XVIIe siècle.



    Par Patricia Briel, www.letemps.ch
    Last edited by Maximo; 03-31-2015, 09:24 PM.

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    • #17
      Le 17e siècle

      Le renouveau catholique

      Au XVIe siècle, les catholiques ne sont pas restés inactifs face à la Réforme. Le concile de Trente a enfin pris les mesures qui s’imposaient pour revitaliser une Eglise en perte de vitesse. Les fruits de cette réforme s’épanouissent au XVIIe siècle. Le renouveau touche tous les aspects de la vie religieuse.

      Au début du XVIe siècle, le déclin de l’Eglise romaine avait suscité quelques tentatives de réforme. Elles provenaient essentiellement de la base. Mais elles s’avéraient trop dispersées pour aboutir à un quelconque mouvement d’envergure. L’idée du concile commença à s’imposer avec force, malgré la résistance des papes. En 1542, Paul III se décida enfin à convoquer l’assemblée œcuménique à Trente, dans le Haut-Adige. Elle s’ouvrit en 1545, fut interrompue à plusieurs reprises, et prit fin en 1563.

      Son œuvre fut immense. «A aucun moment de l’histoire de l’Eglise, un concile n’assuma un programme doctrinal et pastoral aussi total», remarque l’historien René Taveneaux. Des réformes furent promulguées dans tous les domaines, les dogmes définis avec soin, la réflexion théologique sur la question du salut travaillée en profondeur. L’assemblée tridentine ne marqua cependant pas une rupture. Si elle a concrétisé le passage à la catholicité, elle a coordonné et canalisé pour l’essentiel les velléités de réformes qui existaient déjà. Aux yeux des historiens, la question de savoir si Trente a procédé d’une volonté de Contre-Réforme ou d’une volonté de Réforme catholique est vaine, tant les deux aspects s’entrelacent au XVIe siècle.

      La mise en œuvre des décisions conciliaires fut une entreprise de longue haleine. Elle a porté ses fruits surtout au XVIIe siècle. Elle dépendait pour beaucoup de la bonne volonté des souverains des nations catholiques, qui ne voyaient pas toujours d’un bon œil les prétentions temporelles de la monarchie pontificale. Ainsi la France refusa-t-elle d’intégrer les canons du concile. Pourtant, la réforme tridentine pénétra peu à peu dans la vie de l’Eglise, grâce à l’action des papes et de quelques grands personnages.

      En 1566, Pie V (1566-1572) publie le Catéchisme romain destiné aux prêtres. Suivront le Bréviaire romain (1568), le Missel romain (1570), le Cérémonial des évêques (1600) et le Rituel romain (1614). Grégoire XIII (1572-1585), à qui l’on doit notre actuel calendrier grégorien, fonde séminaires et collèges, dont l’Université grégorienne. Sixte Quint (1585-1590) réforme la curie: il établit 18 congrégations ou ministères destinés à aider le pape dans le gouvernement de l’Eglise et fixe le nombre des cardinaux du Sacré Collège à 70. L’action des papes impressionne les catholiques et contribue à développer une dévotion à l’égard du Saint-Siège.

      Peu à peu, la réforme touche tous les domaines de la vie ecclésiastique. Charles Borromée (1538-1584), archevêque de Milan, est considéré comme l’homme qui a «refait l’épiscopat d’Europe». Le choix des évêques se fait selon des exigences plus strictes et l’épiscopat atteint bientôt une qualité spirituelle très élevée, surtout au XVIIe siècle. L’évêque, de grand seigneur qu’il était, passe au statut de chef religieux. Au XVIe siècle, les prêtres étaient encore incultes pour la plupart, et souvent dépravés. Grâce à la fondation et à l’essor des séminaires, ils reçoivent enfin une instruction religieuse adéquate. Le concept de vocation fait son apparition. Les candidats au sacerdoce doivent montrer des prédispositions morales pour la vie religieuse et passer par l’étape du noviciat. Quant au peuple chrétien, il est mieux instruit grâce au catéchisme. Au XVIIe siècle, les manuels de catéchisme seront distribués à tous les enfants.

      Le renouveau touche également les ordres, dont la discipline s’était fortement relâchée au cours du XVe siècle. Ils se regroupent en congrégations. En Espagne, Thérèse d’Avila réforme le Carmel en 1562, aidée par Jean de la Croix. Ignace de Loyola, un ancien officier, fonde la Compagnie de Jésus, qu’il met au service du pape. L’auteur des Exercices spirituels voue les jésuites à l’éducation, à la mission, à la défense de l’Eglise catholique.


      Leurs succès sont rapides et la Compagnie s’étend: de 5000 membres en 1581, ses effectifs passent à 16 000 en 1625. D’autres ordres religieux connaissent un prodigieux développement. Les capucins, créés en 1526, comptent 20 000 âmes au début du XVIIe siècle. La réforme catholique atteint aussi les couvents de femmes, mais dans une moindre mesure. Les religieuses n’ont pas le droit d’enseigner ou de partir en mission comme les hommes.

      Après les structures, les âmes: la spiritualité est une des grandes bénéficiaires du renouveau catholique. «L’Ecole française» – ainsi appelle-t-on le grand courant spirituel qui a dominé la première moitié du XVIIe siècle – a donné au catholicisme de l’époque quelques-unes de ses figures les plus marquantes. François de Sales, évêque de Genève résidant à Annecy, conçoit une spiritualité à l’usage des laïcs, accessible aux plus humbles. Il publie en 1609 l’Introduction à la vie dévote, son ouvrage le plus connu. L’élan donné par François de Sales (1567-1622) trouve des prolongements dans l’action de son contemporain Pierre de Bérulle (1575-1629), fondateur d’une compagnie de prêtres appelée l’Oratoire. Selon ce dernier, le chrétien doit tenter de modeler sa vie sur celle du Christ.

      Bérulle introduit aussi en France le carmel réformé avec l’aide de Madame Acarie. L’exemple de ces deux religieux suscitera un fort courant mystique dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, dont une des expressions sera le quiétisme, représenté notamment par Jeanne Guyon et Fénelon. Certains historiens parleront d’invasion mystique. Vincent de Paul (1581-1660) incarne le souci des pauvres et des démunis, qui prend une nouvelle dimension avec la naissance du capitalisme, la montée de la bourgeoisie et la croissance des villes. Il fonde la Congrégation de la Mission ou Lazaristes, destinée à l’évangélisation des campagnes, et les Filles de la Charité.


      La théologie élargit son champ. L’exégèse, née au XVIe siècle, consolide son assise. Sous la plume de l’oratorien français Richard Simon, elle se fait critique. Simon est un des premiers à démontrer que le Pentateuque ne peut être l’œuvre du seul Moïse. Mais sa méthode exégétique est considérée comme dangereuse pour la foi. Bossuet la condamne. Le XVIIe siècle voit naître les premiers conflits entre religion et science. En 1600, Giordano Bruno est brûlé pour avoir développé l’héliocentrisme copernicien. Quant à Galilée, il termine sa vie en résidence surveillée après avoir subi deux procès.

      L’extension de la réforme catholique ne va pas sans crises ni conflits. L’un des plus importants a trait au jansénisme. Cette doctrine, élaborée par Jansénius, offre une vision pessimiste de l’homme déchu par le péché originel. Seule une vie austère visant à la sainteté peut permettre à l’homme de se sauver. Les jansénistes, dont le fief se trouve à Port-Royal, dérangent Rome par leur esprit d’indépendance et leur méfiance envers la hiérarchie ecclésiastique. Ils seront condamnés en 1713 par la bulle Unigenitus du pape Clément XI.

      Les décisions du concile de Trente sont entrées en vigueur peu à peu. Mais certains pays se sont opposés fermement à toute ingérence romaine dans la vie de leur Eglise. Ainsi la France, où l’absolutisme royal ne tolère aucun contre-pouvoir. Le monarque est aussi le chef de l’Eglise. Cette attitude débouchera sur le gallicanisme, qui affirme la supériorité du concile sur le pape et conteste l’infaillibilité de ce dernier, et sur la volonté d’éliminer le protestantisme en France. Louis XIV décide en effet de restaurer l’unité religieuse de son royaume, en partie par calcul politique. Il discrimine les protestants pour les obliger à se convertir au catholicisme. En 1685, il révoque l’Edit de Nantes. Nombre de protestants quittent la France pour les pays du Nord.

      Au XVIIe siècle, le protestantisme s’est consolidé et développé. En 1620, les Pères pèlerins, des puritains anglais radicaux qui s’opposent à la monarchie et préconisent l’organisation de l’Eglise selon des principes démocratiques, débarquent sur les côtes américaines pour réaliser leurs rêves. Ils seront suivis par les Quakers, mouvement né en Angleterre dans les années 1640, et par les méthodistes au XVIIIe siècle.

      Ces deux mouvements relèvent d’un protestantisme où l’émotion et la sensibilité sont remises en valeur. En effet, les diverses orthodoxies doctrinales protestantes avaient eu tendance à trop rationaliser la foi et à la figer dans l’institution. La revalorisation de la piété affective et sentimentale trouvera au XVIIe siècle son expression la plus célèbre dans le piétisme, fondé en 1675 par Philippe-Jacques Spener, un pasteur luthérien alsacien.



      Par Patricia Briel, www.letemps.ch

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      • #18
        Le 18e siècle

        La raison contre la foi

        La philosophie des Lumières affirme le primat de la raison sur la foi. Le christianisme est réduit à ses principes éthiques, la Révélation niée. Cette sécularisation de la pensée entraîne une déchristianisation générale, qui s’essoufflera à la fin du siècle.

        «Ecrasez l’infâme!» Ce cri de guerre de Voltaire invite à une croisade d’un nouveau genre: l’infâme qu’il s’agit de terrasser, c’est l’Eglise catholique, et plus généralement le christianisme. L’appel de Voltaire aura des échos dramatiques en France, où l’Eglise sera persécutée avec haine pendant la Révolution. Rien de tel dans les autres pays d’Europe. Mais la philosophie des Lumières, en affirmant la suprématie de la raison sur la foi, n’en porte pas moins un coup terrible à la Révélation et prépare le terrain de l’athéisme et de l’agnosticisme.

        Au XVIIe siècle, les attaques contre la religion avaient été sporadiques. En publiant en 1637 son Discours de la méthode, qui érigeait le doute en principe de connaissance, Descartes ouvrait la voie d’un nouveau questionnement sur la vérité chrétienne. A la fin du XVIIe siècle, Pierre Bayle, un protestant français réfugié en Hollande, affirme que la raison n’est pas en mesure de prouver la vérité de la Révélation. A la même époque se répandent en Occident les idées du philosophe hollandais Spinoza, selon lesquelles la Bible n’est qu’un ramassis de fables.

        En Angleterre, John Locke réduit le christianisme à ses principes moraux, c’est-à-dire à son contenu éthique. A ce titre, on peut le considérer comme le père du déisme ou religion naturelle qui trouva sa première expression en Edouard Herbert de Cherbury. Celui-ci postule l’existence d’un être suprême à qui l’homme doit rendre un culte empreint de piété et de vertu, la nécessité d’expier ses péchés en les regrettant, et l’existence de la récompense et de la punition dans l’au-delà selon la justice de Dieu. A ses yeux, ces principes relèvent d’une religion naturelle commune à tous les hommes raisonnables.

        Développé en Angleterre au XVIIIe siècle par John Toland, Anthony Collins et Matthieu Tindal, le déisme marche main dans la main avec la raison. Tout en affirmant l’existence d’un être suprême, cette philosophie considère en effet comme une superstition tout le merveilleux à l’œuvre dans les évangiles: les miracles, l’affirmation de la divinité de Jésus, sa résurrection, sa filiation avec Dieu, etc. ne passent pas l’épreuve du feu qu’est devenue la raison. Pour les déistes, Jésus est un simple prophète de la religion naturelle. Par la suite, les déistes se contenteront d’affirmer l’existence d’un Dieu qui, après avoir créé le monde, l’a abandonné à son devenir sans plus intervenir.

        Contesté en Angleterre, le déisme passe en France et s’étend au continent européen. Voltaire, Diderot, Julien Offray de la Mettrie l’adoptent. Au XVIIIe siècle, rares sont les hommes qui s’affirment résolument athées. Le baron d’Holbach, Helvétius et Sade se prévalent bien de l’athéisme, mais secrètement.


        En Allemagne, le déisme trouve des prolongements chez les théologiens marqués par la philosophie des Lumières (Aufklärung). Hermann Samuel Reimarus, professeur à Hambourg, se fait l’apôtre de la religion naturelle, nie l’existence de la Révélation et voit dans la Résurrection une manœuvre des disciples de Jésus qui, déçus par la mort de leur maître, auraient caché son cadavre. Le rationalisme montrera des signes d’essoufflement à la fin du XVIIIe siècle. Ainsi, Jean-Jacques Rousseau et Chateaubriand réhabilitent le sentiment religieux en lui donnant une dimension romantique.

        La philosophie des Lumières ne pouvait laisser l’institution ecclésiastique intacte. Au XVIIe siècle, le gallicanisme, allié à l’absolutisme royal, avait semé les germes de la contestation antiromaine. Au XVIIIe, celle-ci s’incarne dans divers courants qui souhaitent réduire le pouvoir du pape: le fébronianisme, du nom de son créateur Fébronius, évêque de Trèves; le joséphisme, qui désigne l’attitude interventionniste de l’empereur Joseph II dans l’Eglise catholique; le jansénisme, que les condamnations du pape Clément XI en 1713 n’ont pas réussi à faire taire; et le richérisme, une théorie qui préconise un gouvernement démocratique de l’Eglise.

        La contestation de l’institution catholique trouvera ses expressions les plus fortes dans la suppression de la Compagnie de Jésus par le pape Clément XIV en 1773, et dans les mesures prises contre l’Eglise pendant la Révolution française.

        Le 4 août 1789, le clergé français accepte de renoncer à ses privilèges et à ses biens au profit de la nation. Le 10 octobre, Talleyrand, évêque d’Autun, propose de séculariser tous les biens de l’Eglise. Ceux-ci sont vendus à la paysannerie et à la bourgeoisie naissante. En février 1790, l’Assemblée constituante interdit les vœux religieux: les ordres et les congrégations sont fermés, la vie contemplative disparaît.

        Le vote de la Constitution civile du clergé impose la désignation des évêques et des curés par la totalité du corps électoral et fait l’impasse sur l’approbation des changements par le pape. En novembre 1790, l’Assemblée oblige le clergé à prêter serment à la nation et à la Constitution qui contient la réorganisation de l’Eglise. Ceux qui refusent le serment se regroupent au sein d’une Eglise réfractaire, fidèle à Rome. Ceux qui l’acceptent forment l’Eglise officielle, la seule reconnue.

        Peu à peu, la haine du catholicisme dégénère en violence meurtrière: des hommes d’Eglise sont tués ou déportés, des édifices religieux détruits. Pendant la Terreur, le culte de la Raison est inauguré à Notre-Dame de Paris. Les victoires des armées révolutionnaires exportent la déchristianisation en Europe occidentale. Dans la tempête, le Saint-Siège perd ses territoires et ses biens. Cette situation a ceci de positif qu’elle le dégage de ses attaches temporelles et lui permet de se concentrer sur sa mission spirituelle.

        Le concordat signé en 1801 par Bonaparte et Pie VII entérine provisoirement la séparation du temporel et du spirituel issue de la Révolution française. Au pouvoir séculier revient la nomination des évêques, au pape leur institution. L’Eglise a perdu ses biens, mais l’Etat s’engage à rémunérer le clergé.

        Le rationalisme triomphant du XVIIIe siècle n’a pas eu raison de Dieu partout. En Allemagne, le piétisme, ce mouvement de réveil protestant qui revalorise le sentiment religieux, s’organise à Halle à l’instigation d’Auguste-Hermann Francke. Ce dernier forme des milliers de pasteurs, attire les foules par sa prédication chaleureuse, et fonde des écoles ainsi qu’un orphelinat. Nicolas-Louis, comte de Zinzendorf, donne au mouvement une dimension internationale.

        Ce luthérien né en 1700 à Dresde est adepte d’une religion du cœur, lieu de la rencontre entre Dieu et l’homme. Avec les Frères moraves, des hussites (disciples de Jan Hus) qui ont fuit la Moravie, il crée une communauté où les bien-portants doivent s’occuper des vieillards et des pauvres. Zinzendorf conçoit son mouvement comme une réforme au sein de l’Eglise luthérienne et s’opposera aux tendances des Frères moraves à revendiquer une autonomie toujours plus grande en leur faisant approuver la Confession d’Augsbourg. Zinzendorf s’intéresse aussi à la mission et passe quelques années en Amérique du Nord.

        Autre mouvement de réveil protestant, le méthodisme naît au XVIIIe siècle sous l’impulsion de John Wesley, un anglican qui rassemble des étudiants d’Oxford dans des cercles «de sainteté» où les participants prient, lisent la Bible et s’adonnent à des œuvres charitables. Le méthodisme, qui s’inspire fortement de l’expérience des Frères moraves, met en valeur l’émotion et la sensibilité et réintègre des éléments catholiques. Après la mort de son fondateur, le mouvement, rejeté par l’anglicanisme, se constitue en confession indépendante en 1784.

        Enfin, le XVIIIe siècle est aussi une période clé pour les missions catholiques en Amérique latine. Présentes sur cette terre depuis la fin du XVe siècle, elles en sont chassées par l’interdiction de la Compagnie de Jésus en 1773, qui fournissait le plus grand nombre de missionnaires. Le déclin des puissances catholiques dans leurs activités coloniales et la prépondérance anglaise sur les mers rendent difficiles de nouveaux voyages. C’est ainsi que les protestants d’Angleterre trouveront le champ libre au XIXe siècle.



        Par Patricia Briel, www.letemps.ch

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        • #19
          Le 19e siècle

          Le choc de la modernité

          La sécularisation avance, la société occidentale entre dans la modernité. Les découvertes scientifiques et la philosophie évacuent Dieu du monde et de la pensée. Tandis que les protestants essaient de concilier ce monde nouveau avec le christianisme, les catholiques se replient sur le passé.

          A l’aube du XIXe siècle, en 1799, le théologien protestant allemand Friedrich Schleiermacher publie ses Discours sur la religion. Ses thèses enflamment rapidement les esprits asséchés par le rationalisme tout-puissant du 18e siècle. Elevé dans la tradition piétiste, il affirme que la religion «n’est ni pensée, ni action, mais contemplation intuitive et sentiment.» Partant de ce principe, il tente de dégager le christianisme de sa gangue métaphysique, éthique et spéculative. Selon lui, le sentiment religieux est une expérience personnelle qui se traduit par la dépendance absolue à l’égard de Dieu et l’intuition de l’infini. Il est purement subjectif et ne souffre aucune intervention de la raison.

          Dans ce cadre, les dogmes ne constituent plus des vérités objectives, mais des créations historiques, qui peuvent néanmoins servir à nourrir la piété. Avec ses théories, Schleiermacher, dont la stature a dominé tout le XIXe siècle, a ouvert une nouvelle ère dans la pensée protestante. «Il a fondé moins une école qu’une époque», a dit de lui le grand théologien bâlois Karl Barth (1886-1968). Friedrich Schleiermacher est en effet considéré comme le père du libéralisme, ce mouvement qui a cherché à concilier le christianisme avec les découvertes scientifiques, exégétiques et philosophiques du XIXe siècle. Pour ce théologien, la religion, cantonnée dans l’espace du sentiment et libérée de ses prétentions rationnelles, ne pouvait en effet être l’ennemie de la modernité.

          Au XIXe siècle, la théologie protestante allemande connaît un formidable développement dans l’esprit du libéralisme. Après Schleiermacher, d’autres penseurs prestigieux émergent, qui veulent donner au sentiment religieux une base rationnelle susceptible d’épouser les contours de la modernité naissante. Ils soumettent l’Ancien et le Nouveau Testament à la critique historique. Le résultat de ces recherches aboutit à un tremblement de terre: la publication, en 1835, de la Vie de Jésus par le théologien de Tübingen David Friedrich Strauss. Selon lui, les évangiles n’ont aucun fondement historique et relèvent de la mythologie. A la fin de sa vie, sa pensée se fera encore plus radicale: il affirmera en effet que la Résurrection est une mystification à l’échelle mondiale.

          Ferdinand Christian Baur, maître de Strauss, propose une approche hégélienne des évangiles, avec une thèse, une antithèse et une synthèse. A la fin du XIXe siècle, l’historien de l’Eglise Adolf Harnack décape le message chrétien, qui est à ses yeux enfoui sous une couche dogmatique et doctrinale, pour lui redonner sa simplicité originelle. Selon lui, le dogme chrétien est une construction de la métaphysique grecque plaquée au cours des siècles sur les paroles simples de Jésus.

          Le protestantisme du XIXe siècle a également bénéficié d’un renouveau de la vie religieuse appelé Réveil. Ce mouvement d’inspiration piétiste, véritable réaction contre le rationalisme, est plus tourné vers l’action que vers la pensée. Il est à l’origine de l’exceptionnelle expansion de la mission protestante et de la prolifération des œuvres sociales qui caractérise l’époque. Mettant l’accent sur la repentance et la conversion, il s’est propagé avec succès dans tous les pays protestants, de la Grande-Bretagne à l’Amérique du Nord en passant par l’Europe.

          Face à ce foisonnement de la théologie protestante, les catholiques, quoique stimulés par leurs contemporains protestants, se montrent beaucoup moins audacieux. Peu de grands penseurs se signalent dans cette période. Seuls quelques théologiens allemands, comme Johann-Adam Möhler, Joseph Görres et Ignace Döllinger, brilleront réellement dans la constellation catholique du XIXe siècle. Il faut dire que l’Eglise est tout occupée à rétablir son autorité considérablement ébranlée par la Révolution française et ses conséquences. Dans certains pays, comme en France, les structures de l’enseignement théologique – les universités, les abbayes et les séminaires – ont disparu. Tout est à reconstruire.

          De plus, le pape a perdu toute influence temporelle. Il aura beau protester contre la réorganisation de l’Europe issue du Congrès de Vienne en 1815, les grandes puissances resteront sourdes à ses appels à la restauration de l’ordre ancien. Pourtant, la perte de son pouvoir temporel redonnera à la papauté un immense prestige spirituel qui se traduira par un attachement fervent à la personne du pontife romain. Ainsi, Pie IX sera considéré par certains comme «Vice-Dieu».

          L’heure est donc à la défense du catholicisme, menacé par le libéralisme, le relativisme, les progrès scientifiques, la démocratie, l’athéisme et le socialisme. En France, Louis de Bonald, Joseph de Maistre et Félicité de Lamennais se font les champions de l’ultramontanisme, une théorie qui prône une Eglise forte, centralisée, et dominée par le pape, seul garant de l’ordre social. C’est à Lamennais que l’on doit cette phrase célèbre: «Sans pape, point d’Eglise; sans Eglise, point de christianisme; sans christianisme, point de religion et point de société.»


          Lamennais deviendra peu à peu favorable au libéralisme, allant jusqu’à préconiser une séparation totale de l’Eglise et de l’Etat, sans pour autant abandonner ses thèses ultramontaines. Ses idées inquiéteront le pape Grégoire XVI, qui les condamnera implicitement en 1832 dans l’encyclique Mirari vos. Déçu, Lamennais quittera l’Eglise.

          La crainte du modernisme suscite une réaction autoritaire tant à la base qu’au sommet de l’Eglise. A la base, les fidèles catholiques sont le plus souvent ultraconservateurs, voire réactionnaires, et considèrent le socialisme et les progrès scientifiques avec une méfiance haineuse. Certains d’entre eux sont pourtant séduits par le libéralisme. Au sommet, le pape Pie IX conduit l’Eglise vers la centralisation et l’infaillibilité pontificale. Premier acte: la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception en 1854. Le pape se donne la liberté de définir lui-même un article de foi qui ne se trouve pas explicitement dans l’Ecriture, ce qui présuppose son infaillibilité de fait.

          Deuxième acte: le 8 décembre 1864, Pie IX publie simultanément l’encyclique Quanta Cura et le Syllabus, une liste de 80 erreurs modernes. Il condamne le libéralisme sous toutes ses formes et donc la civilisation moderne. Peu avant, le 20 juin de la même année, il avait mis à l’Index nombre de romans célèbres, comme Madame Bovary de Gustave Flaubert ou Les Misérables de Victor Hugo, ainsi que les œuvres d’Emile Zola et d’Honoré de Balzac.

          Le souverain pontife a de quoi avoir peur. Politiquement, il a perdu en 1861 la grande majorité des Etats pontificaux. Seules les troupes de Napoléon III empêchent le roi du Piémont Victor-Emmanuel de s’emparer de Rome. Au plan intellectuel, la pensée athée tire à boulets rouges sur le christianisme. Dans les années 1820, Auguste Comte, père du positivisme, a affirmé que la religion est condamnée à disparaître avec l’avènement du stade positif de l’humanité, celui où les hommes renoncent à chercher l’essence des choses pour se concentrer sur la découverte des lois qui régissent l’univers par l’observation et le raisonnement.

          En 1841, Ludwig Feuerbach a publié L’Essence du christianisme et dénoncé dans cette religion une illusion et une projection des aspirations humaines à la perfection. En 1844, Arthur Schopenhauer a réactualisé son œuvre Le Monde comme volonté de représentation, qui présente le christianisme comme une faiblesse de l’esprit. En février 1848, Marx et Engels ont publié Le Manifeste du Parti communiste, qui annonce la disparition de la religion. En 1859, Charles Darwin, dans son ouvrage De l’Origine des espèces, défend la théorie selon laquelle l’homme est issu d’une longue évolution et non d’un acte de création divine.


          Le troisième acte de la réaction autoritaire de Rome est le premier concile du Vatican (1869-1870), qui consacre le dogme de l’infaillibilité du pape ainsi que la primauté du pontife romain. Certains évêques refusent les résultats du concile et fondent une Eglise schismatique, celle dite «vieille catholique» ou «catholique chrétienne».

          La lutte de l’Eglise contre le modernisme connaîtra une phase aiguë au tout début du XXe siècle, avec le pontificat de Pie X. Mais c’est peine perdue: tout au long du XIXe siècle, la sécularisation a gagné du terrain et le religieux perdu son emprise sur l’existence quotidienne des hommes. Dans certains pays, des législations anticléricales apparaissent. Ainsi le Kulturkampf en Allemagne, qui démarre en 1871. En France, la laïcité s’étend, et la séparation de l’Etat et de l’Eglise sera proclamée en 1905.

          Il serait injuste de réduire le catholicisme de la fin du XIXe siècle à ses réactions de repli. Avec le pape Léon XIII (1878-1903), un véritable souci d’ouverture sur le monde moderne fait son apparition. Le souverain pontife s’inquiète notamment de la misère dans laquelle vivent les ouvriers et condamne la concentration de la richesse entre les mains de quelques-uns dans son encyclique Rerum Novarum. C’est la naissance de la doctrine sociale de l’Eglise.



          Par Patricia Briel, www.letemps.ch

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          • #20
            Le 20e siècle



            Le temps de l’œcuménisme

            Le recul manque aux historiens pour faire le tri des événements, des idées et des tendances profondes qui ont marqué l’histoire du christianisme de ce dernier siècle. Mais on peut d’ores et déjà parier qu’ils retiendront l’avènement de l’œcuménisme comme un phénomène majeur, même si ce mouvement n’a pas encore donné tous ses fruits.

            En cet automne 1910, à la Conférence universelle des missions protestantes d’Edimbourg, plusieurs délégués d’Afrique et d’Asie clament le scandale qu’ils ressentent au spectacle de la division confessionnelle des missionnaires venus évangéliser leurs pays. La majorité des 1200 délégués s’émeut, et le rapport final de la conférence mentionne «la nécessité de chercher, dans chaque pays non chrétien, à implanter une Eglise qui ne soit pas divisée.» Edimbourg signe l’acte de naissance de l’œcuménisme, cette tentative de restaurer l’unité des chrétiens.

            L’œcuménisme traverse tout le XXe siècle, et n’a pas fini de donner ses fruits. Il est né en dehors du catholicisme. Au XIXe siècle déjà, certains courants protestants ont voulu remédier à la dispersion mondiale de leurs membres, en créant de grandes associations confessionnelles.

            La division des chrétiens présentant essentiellement deux aspects, l’un théologique et l’autre pratique, deux mouvements parallèles naissent dans le sillage de la conférence d’Edimbourg, «Life and Work» (Vie et Activité) en 1925, et «Faith and Order» (Foi et Constitution) en 1927. Tandis que le premier s’intéresse aux possibilités de coopération concrète, le second examine les questions doctrinales. Outre les protestants, des orthodoxes participent à ces deux mouvements. Ceux-ci se réunissent à nouveau parallèlement en 1937 et conviennent de l’impossibilité de dissocier doctrine et pratique. Le principe d’une union au sein d’une organisation qui regrouperait les différentes églises est accepté. Le Conseil œcuménique des Eglises (COE) voit le jour à Amsterdam en 1948. Il n’est en aucune façon une super-Eglise, mais un lieu d’échanges, de rencontres et d’études. L’Eglise catholique n’en fait pas partie mais collabore à la recherche théologique. Les Eglises membres se réunissent en assemblée plénière environ tous les sept ans.

            L’Eglise catholique a dans un premier temps condamné l’œcuménisme. Estimant qu’elle détenait seule «la vérité», elle ne pouvait envisager que l’unionisme, c’est-à-dire une réunion de tous les chrétiens au sein du catholicisme. Pie XI a même interdit aux catholiques de participer aux réunions de «Life and Work» et de «Faith and Order». Mais cette position anti-œcuménique allait pourtant vite se révéler intenable.

            Des contacts informels liaient catholiques et protestants depuis la fin du XIXe siècle. Dans la première moitié du XXe siècle, ils vont devenir plus fréquents tout en restant officieux. Signalons en particulier la création du groupe des Dombes en 1937, qui continue aujourd’hui à produire régulièrement des rapports de haute tenue théologique. L’année 1937, considérée comme une grande année œcuménique, voit aussi la publication d’un ouvrage décisif du théologien catholique français Yves Congar, Chrétiens désunis. Essai d’un œcuménisme catholique, qui appelle à un dialogue actif entre grandes confessions chrétiennes.

            C’est l’époque où la pensée catholique connaît un renouveau et prend ses distances à l’égard de la théologie néoscolastique lancée par Léon XIII à la fin du 19e siècle. Ce renouveau s’accompagne non seulement de travaux sur l’unité chrétienne, mais aussi d’une nouvelle perception de Luther, considéré jusqu’alors dans le monde catholique comme un homme immoral, qui avait voulu accorder la doctrine chrétienne à son psychisme défectueux.

            En 1937, le théologien luxembourgeois Joseph Lortz publie un livre qui réhabilite Luther et sa théologie. Enfin, toujours en 1937, des catholiques participent d’une façon informelle aux deux grandes réunions de «Life and Work» et de «Faith and Order». Eugenio Pacelli, qui accède au trône pontifical en 1939 sous le nom de Pie XII, modère les ardeurs œcuméniques et réformatrices de grands théologiens tels qu’Yves Congar et Henri de Lubac. Tout en souhaitant l’unité, il prend des initiatives qui refroidissent les protestants.

            Il faudra en fait attendre le concile Vatican II pour voir l’Eglise catholique s’engager activement dans le dialogue avec les autres chrétiens. Afin d’assurer au concile un caractère œcuménique, Jean XXIII crée le «Secrétariat pontifical pour promouvoir l’unité des chrétiens». Paul VI en fera un organe permanent de la curie. Le secrétariat est à l’origine des documents majeurs que sont le décret sur l’œcuménisme (Unitatis redintegratio), la déclaration sur les religions non chrétiennes (Nostra aetate) et la déclaration sur la liberté religieuse (Dignitatis humanae).

            Jean XXIII invite aussi des observateurs des autres confessions chrétiennes aux débats du concile. La conception de l’œcuménisme qui émerge de Vatican II n’a plus rien à voir avec l’unionisme d’un Benoît XV ou d’un Pie XI. Les documents du concile montrent clairement que l’Eglise catholique a décidé de s’engager dans un dialogue d’égal à égal, sans plus prétendre imposer sa vérité aux autres confessions. La mise en œuvre d’une telle conception ne va pourtant pas sans difficulté.

            L’après-concile voit se multiplier les dialogues bilatéraux entre les traditions chrétiennes. L’un de ces dialogues a abouti récemment à une avancée œcuménique historique: le 31 octobre 1999, catholiques et luthériens ont signé à Augsbourg une Déclaration commune sur la doctrine de la justification, qui divisait les deux traditions depuis plus de quatre siècles. Anglicans et catholiques ont trouvé des accords doctrinaux dans des domaines aussi sensibles que l’eucharistie, le ministère et l’autorité dans l’Eglise. En 1973, luthériens et réformés d’Allemagne ont enterré leurs divisions à Leuenberg en trouvant un accord sur l’eucharistie, qui était un point majeur de discorde depuis 1528.

            Il est d’usage de dire aujourd’hui que l’œcuménisme est en crise. Le dialogue entre orthodoxes et catholiques est entré depuis quelques années dans une phase difficile, même si les excommunications mutuelles prononcées en 1054 ont été levées en 1965 par le pape Paul VI et le patriarche de Constantinople Athénagoras. Le développement du nationalisme orthodoxe dans les pays de l’Est après la chute du communisme, le prosélytisme catholique dans ces pays et la primauté du pape restent pour l’instant des obstacles majeurs à toute unité.

            De même, les relations entre orthodoxes et protestants au sein du COE ont subi un coup de froid depuis le départ en 1998 de la Géorgie et de la Bulgarie. Les orthodoxes souffrent de leur faible représentation au sein du COE, majoritairement protestant, et se cabrent devant des préoccupations trop séculières à leur goût. Les relations entre catholiques et anglicans se sont également raidies depuis que ces derniers ont décidé de conférer l’ordination aux femmes.

            Par ailleurs, l’émergence de mouvements fondamentalistes, qui interprètent la Bible au pied de la lettre et qui se montrent fermés à tout dialogue, pose à l’œcuménisme des problèmes d’un nouveau type. Ces groupes charismatiques, à l’œuvre tant au sein du catholicisme que du protestantisme, attirent des fidèles de plus en plus nombreux. Malgré ces difficultés, les Eglises continuent à se rencontrer et à chercher la voie de l’unité, qui n’est aujourd’hui concevable que dans la différence.

            Il est temps d’évoquer maintenant les développements que les traditions chrétiennes occidentales ont connus en dehors du mouvement œcuménique. Tandis que la pensée protestante a amorcé un virage libéral au XIXe siècle, l’Eglise catholique a cherché à restreindre la recherche théologique et le développement des études bibliques. En 1907, Pie X condamne le modernisme dans le décret Lamentabili et l’encyclique Pascendi. En 1910, il crée le serment antimoderniste, auquel sont astreints les clercs. Une association secrète organisée par un prélat du Vatican, dite la Sapinière, fait la chasse aux sorcières modernistes. L’apaisement ne viendra qu’en 1943, avec une encyclique du pape Pie XII qui encourage la recherche exégétique.

            Côté politique, le Vatican retrouve un statut grâce aux accords du Latran conclus en 1929 avec Benito Mussolini. Etat de quelques dizaines d’hectares, le Vatican peut désormais entretenir des relations diplomatiques et jouer un rôle sur la scène internationale. Alors que l’Allemagne marche vers la guerre, le Vatican conclut un concordat avec ce pays, qui octroie des avantages à l’Eglise catholique. Ces derniers se révéleront trompeurs par la suite.

            L’attitude de l’Eglise catholique et de Pie XII durant la Seconde Guerre mondiale sont encore aujourd’hui des sujets de recherche brûlants. Il est vrai que l’Eglise, paralysée par sa terreur du communisme, ne s’est pas montrée à la hauteur de la situation en entretenant une collaboration avec les nazis et les fascistes.

            Les Eglises protestantes n’ont pas fait mieux. Le Conseil provisoire des Eglises évangéliques d’Allemagne a d’ailleurs publié en 1945 une déclaration de repentir – la Confession des péchés de Stuttgart – pour le manque de résistance des Eglises face au nazisme. Cependant, on aurait tort de faire des généralisations hâtives. Dans les deux camps, des chrétiens se sont levés pour lutter spirituellement contre les totalitarismes, et nombreux sont ceux qui ont laissé leur vie dans ce combat, comme le célèbre théologien protestant Dietrich Bonhoeffer.

            Dans le contexte social, culturel, intellectuel et politique bouleversé de l’après-guerre, l’Eglise catholique ne pouvait plus tourner le dos à la modernité. Jean XXIII sera l’artisan de l’ouverture de l’Eglise au monde. A la surprise générale, le nouveau pape convoque un concile le 25 janvier 1959, qui s’ouvre le 11 octobre 1962. 2400 Pères y participent, ainsi que des supérieurs d’ordres religieux et des théologiens. Lorsque Jean XXIII meurt le 3 juin 1963, son successeur Paul VI décide aussitôt la poursuite des travaux du concile. Celui-ci a duré trois ans, jusqu’en 1965, et comporté quatre sessions.

            Jean XXIII avait conçu le concile comme un aggiornamento de l’Eglise. Les 16 documents promulgués sont marqués du sceau du renouveau, mais contiennent également des ambiguïtés qui prêtent à confusion. Quatre d’entre eux, appelés «constitutions», sont de la plus haute importance. La constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde actuel, Gaudium et spes, est celle qui a ouvert les portes de la modernité à l’Eglise. Celle-ci ne peut plus ignorer l’évolution de la société; elle se doit d’entrer de plain-pied dans le monde. L’athéisme n’est pas condamné, et l’Eglise est appelée à en chercher les causes. Un Secrétariat pour les non-croyants est créé à cet effet en 1965. Deux autres constitutions apportent des innovations importantes dans les domaines de la liturgie et du gouvernement de l’Eglise (définition du principe de collégialité).

            L’après-concile s’est révélé plus difficile que prévu. Les conséquences de Mai 68 se répercutent sur la vie religieuse. De nombreux prêtres quittent le sacerdoce pour vivre de façon laïque. Le 25 juillet 1968, Paul VI publie l’encyclique Humane vitae sur la régulation des naissances. Il s’oppose à toute méthode qui ne serait pas naturelle et condamne les moyens de contraception. Très nombreux sont les catholiques qui refusent d’accepter une telle ingérence dans leur vie privée et qui s’éloignent de Rome. L’autoritarisme romain sort de cette crise fortement ébranlé. A l’heure actuelle, il reste très contesté. Par ailleurs, les innovations de Vatican II n’ont pas l’heur de plaire à l’aile droite de l’Eglise. Une minorité réactionnaire se constitue autour de Mgr Lefebvre, qui sera excommunié en 1988.

            Aujourd’hui, des voix appellent à un nouveau concile, alors que Vatican II n’a pas encore déployé tous ses effets. Mais les contradictions que contiennent les textes sont susceptibles d’interprétations divergentes. Jean Paul II a choisi une lecture conservatrice de Vatican II, ce que beaucoup de catholiques déplorent.

            Du XXe siècle protestant, on retiendra essentiellement le développement extraordinaire d’une pensée théologique en prise sur le monde moderne, au sein de laquelle s’expriment des courants divergents. L’un des plus grands théologiens de ce siècle, sinon le plus grand, est le Bâlois Karl Barth (1886-1968).

            Son œuvre immense fait prendre à la théologie un virage décisif, qui l’éloigne du libéralisme du XIXe siècle et de ses préoccupations historiques et anthropocentriques. Barth propose une théologie dialectique qui se concentre sur la transcendance de Dieu, radicalement différent de l’homme, et sur le contenu de la foi. Le théologien bâlois veut laisser Dieu parler de l’homme, et non l’homme de Dieu. Barth a aussi voulu proclamer l’Evangile aux hommes de son temps. Il a montré l’exemple en s’opposant farouchement au nazisme, ce qui lui a valu la perte de sa chaire à Bonn.

            Rudolf Bultmann, professeur à l’Université de Marburg, appartient à la même génération que Karl Barth. Son exégèse du Nouveau Testament l’a rendu célèbre en même temps qu’elle déclenchait une violente polémique. Bultmann est l’artisan de la «démythologisation» de la Bible. Il ne s’agit pas de réduire l’Evangile à un mythe, mais de le dépouiller de ses aspects mythiques, comme par exemple les miracles ou la naissance virginale de Jésus, afin de lui restituer sa signification existentielle et de rendre ainsi son message intelligible aux hommes du XXe siècle. Si ce langage mythique convenait à la société du Ier siècle, il est devenu un obstacle aujourd’hui. Le théologien est appelé à faire ce travail d’épuration. En s’appuyant sur la méthode historico-critique, Bultmann a aussi montré que les évangiles ne sont pas une histoire précise des faits et gestes de Jésus, mais une prédication.

            Dietrich Bonhoeffer est un des théologiens protestants les plus marquants de l’après-guerre. Il a été exécuté par les nazis en 1945, à l’âge de 39 ans, pour avoir participé à un complot contre Hitler en 1943. En prison, il prend des notes qui vont le rendre célèbre. Découvertes en 1951, elles paraissent sous le titre de Résistance et Soumission. Le théologien prend acte du fait que le monde vit désormais sans Dieu. Faut-il pour autant renoncer à annoncer l’Evangile? Non, bien sûr. Mais puisque les hommes sont devenus areligieux, il convient de transmettre le message chrétien de manière non religieuse, c’est-à-dire de révéler à l’homme qu’il doit s’engager totalement dans le monde pour les autres.

            La vraie foi, pour Bonhoeffer, consiste à se mettre au service des autres, et non pas à se perdre en considérations métaphysiques. Quant aux croyants, ils doivent opter pour une vie chrétienne discrète, afin de préserver les mystères de la foi dans un monde marqué par l’absence de Dieu.



            Par Patricia Briel, www.letemps.ch
            Last edited by Maximo; 04-01-2015, 03:40 PM.

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            • #21
              A la lumière de l’histoire de la chrétienté on a pu voir l’évolution de l’église catholique à travers le temps et les changements apportés à cette religion au fil des siècles. Cela a été de même pour les autres religions chrétiennes.

              L’église catholique s’est comportée comme n’importe quel royaume ou empire, faisant et défaisant des lois suivant les besoins du moment pour asseoir son pouvoir au détriment d’une population ignare et superstitieuse. D’ailleurs on a eu dès le départ deux églises catholiques, celle de l’orient et celle d’occident, et il faut dire que les chrétiens de l’orient ont existés bien avant ceux de l’occident. Jusqu’à aujourd’hui ces deux églises n’arrivent pas à s’entendre sur tout.

              Les protestants naissant avec la réforme au 16e siècle n’ont pas fait mieux et eux aussi ne se sont pas comportés différemment, voulant contrôler et diriger le monde. Ce fut une lutte sans merci entre catholiques et protestants pour le pouvoir.

              On a pu voir aussi au 7e siècle la naissance de l’islam avec l’arrivée du prophète Mahomet. Une autre religion qui allait se mettre en face de la chrétienté. Chacune de ces religions interprète la parole de Dieu suivant sa nécessité et n’a qu’un seul but, le pouvoir et l’emprise sur le monde.

              L’église catholique est gérée comme n’importe quel pays, avec une constitution qui change au fil du temps ; ce qui était vérité hier ne l’est plus aujourd’hui. Pendant des siècles les fidèles étaient taxés, et l’église vendait des grâces à qui voulait en acheter, et continue à les vendre jusqu’à ce jour. Que de prêtres ne vendent la parole de Dieu à des croyantes ignorantes et superstitieuses ! En général ce sont les femmes qui se laissent embobiner le plus facilement par ces prédateurs de l’église.


              Il en va de même pour les églises protestantes ou la dîme est obligatoire. Dans certaine religion protestante le fidèle est obligé de donner jusqu’à 20% de ses revenus à l’église. La parole de Dieu se vend partout, alors que le Christ la donnait gratuitement.

              Les églises sont riches, les fidèles sont pauvres, mais dans leur immoralité les églises dépècent leurs fidèles sans aucun remord. La parole de Dieu est une source de richesse intarissable pour les églises, le pétrole se tarira un jour mais pas la parole de Dieu.


              Le Christ est venu en ce monde comme un simple charpentier, prêchant partout et semant la bonne nouvelle sans rien demander et donnant de préférence.
              Le Christ nous a dit aimez-vous les uns les autres, il nous a dit ayez la foi en Dieu, avec la foi vous déplacerez des montagnes. Il nous a demandé aussi d’être charitable et d’avoir de la gratitude envers Dieu et notre prochain. Le Christ n’est qu’amour et nous a tellement aimé qu’il est mort pour nous. Ses apôtres ont continué à disséminer la parole de Dieu gratuitement au péril de leur vie comme le Christ le faisait.

              L’église, elle, vit dans le faste, vend la parole du Seigneur, vient avec les lois de l’église qui n’ont rien à voir avec la parole du Christ. Le Christ ne reconnaissait que le baptême et il s’est fait baptiser et l’eucharistie est venue par la suite en mémoire du Christ. Tous les autres sacrements et lois de l’église ont été créés par les hommes pour mieux dominer les hommes.

              Le Pape François aujourd’hui est le seul pape qui essaie de se comporter comme le Christ le veut. Que Dieu le garde et lui accorde la grâce de donner un meilleur visage à l’église.

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