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À quand un peu de lumière sur l'électricité?

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    À quand un peu de lumière sur l'électricité?


    Publié le 2017-10-23 | Le Nouvelliste




    Par Jameson FRANCISQUE

    Je réfléchis depuis quelques jours à la question de l’électricité qui semble être, pour le meilleur ou pour le pire, le principal cheval de bataille du gouvernement. En tout cas, ces derniers temps. Je me rappelle encore la levée de boucliers provoquée récemment par certaines déclarations, pour le moins intempestives, de personnalités politiques importantes. Je me souviens d’appels au meurtre lancés par un sénateur, celui-là même qui avouait que « les politiciens sont des bluffeurs ». Je prends le temps d’écouter les interventions du président de la République (ah! au fait, à combien de mois sommes-nous maintenant du « courant 24/24 » ?) qui aborde le sujet de l’électricité. Je mélange le tout à mes propres expériences de citoyen qui n’a jamais connu une semaine d’électricité sans coupures… et je réalise que la question est beaucoup plus complexe qu’on pourrait le croire.

    Commençons par ce que coûte à l’État la subvention, il faut bien l’appeler ainsi, à l’Ed’H : plus de 200 millions de dollars l’an. Pas besoin d’être savant pour comprendre que c’est un lourd déficit pour un pays comme le nôtre. Nos maigres ressources, ou de préférence nos ressources sous-exploitées, ne peuvent tenir la cadence. Cependant, on pourrait pardonner ce manque à gagner si l’électricité n’était pas aussi rationnée, et aussi inégalement distribuée. Mais, une institution désuète comme l’Ed’H ne peut que constater les dégâts et avaler les fonds comme un trou noir absorbant la lumière (jeu de mot révélateur).

    Devant l’incapacité de l’État à produire sa propre électricité (40% seulement est produite par l’Ed’H), des fournisseurs privés sont engagés pour augmenter la production. Ils fournissent le courant, les réseaux de l’Électricité d’Haiti le distribuent; et ce même organisme étatique est chargé de collecter les paiements des abonnés. Cela m’amène à une première question, simple mais essentielle : pourquoi la collecte de ces fonds revient-elle à l’Ed’H ? La réponse : le courant a toujours été une question politique. En effet, je crois qu’il aurait été mieux distribué, et les recettes plus significatives, si les mêmes entreprises qui le produisent étaient celles chargées de percevoir la cotisation des abonnés. Comprenez bien, je ne parle pas de privatisation, mais d’un partenariat où l’État se contenterait de mettre le réseau de distribution de l’Ed’H à la disposition de ces compagnies, et recevrait en retour le montant qui lui est dû, sous forme de taxes, sur chaque watt de courant vendu. Ce serait s’enlever une épine du pied car, on le sait tous, les citoyens ont tendance à croire que l’État leur doit tout, et que pour cette raison, ils doivent bénéficier de l’électricité même quand ils ne paieraient pas. Ce problème n’existerait pas si des entreprises privées étaient responsables du recouvrement. Malheureusement, cela priverait les candidats et les politiques d’un argument important pour leurs campagnes, car ils ne pourraient plus promettre ce que le peuple aurait déjà.

    Toutefois, ces derniers mois, une volonté se fait sentir, celle de mettre de l’ordre dans ce secteur, ou du moins de l’améliorer. Cette volonté n’est sans doute pas étrangère à la promesse, farfelue pour plus d’un, du chef de l’État d’électrifier le pays en deux (2) ans. Devant cette nouvelle envie, qui s’apparente même à une menace pour lui, le secteur privé producteur du courant électrique sort les crocs, et revendique ses réalisations. Certains pensent même que ce n’est qu’une question « d’ôte-toi que je m’y mette », que le gouvernement veut seulement accorder le contrat du courant à d’autres entreprises qui lui seraient proches. À tort ou à raison. L’expression « vendeur de black-out » naît pour désigner ce secteur qui facture l’électricité à un prix bien trop élevé si l’on en croit les déclarations d’Alberto Moreno, président de la BID, pour qui ces compagnies ne prennent pas en compte le bien du pays[i]. Pendant cette même période, les manifestations de rues qui ont commencé contre la loi de finances 2017-2018 deviennent plus violentes et changent de mot d’ordre. Désormais il faut le départ de Jovenel Moïse. J’arrive alors à ma deuxième question : y aurait-il une corrélation entre ces nouvelles revendications et la volonté exprimée de renégocier les contrats du courant ? Et si tout était soudainement et inextricablement lié ? Nous ne le saurons probablement jamais.

    Bien entendu, le refus du gouvernement de revenir entièrement sur le budget (déjà en application d’ailleurs), est une cause de la radicalisation des manifs, car les leaders de l’opposition ne voient pas d’autre recours pour montrer leur force sur le terrain. Mais je crois fermement que la question de l’électricité, sensible comme nulle autre, y est aussi pour beaucoup. Le même secteur privé qui produit le courant, n’est-il pas aussi celui qui vend des équipements anti-black-out: génératrices, « inverters » et batteries ? Le même qui possède ou qui est associé dans la possession de stations d'essence ?

    L’essence. Voici l’autre facteur intéressant dans cette question. Y a-t-il une incidence de la subvention pratiquée par l’État sur les produits pétroliers, dans le prix final facturé à l’Ed’H par les producteurs du courant ? Difficile à vérifier. Cependant, l’électricité met en lumière le plus grand fléau de notre pays : la corruption. Car, s’il y a surfacturation, si la quantité d’électricité promise n’est pas délivrée, pourquoi il n’y a jamais eu de dénonciations claires ? La réponse : collusion. Ce n’est que quand les intérêts réels de certains sont menacés, que l’on peut comprendre où était leur intérêt…

    Pourtant nous ne voulons que de la lumière. Tant sur les mensonges et les non-dits qui entourent l’électricité que dans nos maisons.

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